Combat de primates pour soins primaires
La médecine de proximité s’invite dans la campagne électorale.
Admise à l’origine comme un sujet de consensus, la question de la désertification médicale s’est perdue dans les méandres des contre-vérités et de l’hypocrisie des présidentielles.
Dommage ! Car on tenait là un vrai sujet de fond.
On ne peut pas dire que le gouvernement en place ait manqué d’à -propos. Si le président de la République était allé lui-même inaugurer la Maison de Santé de Bletterans dans les profondeurs jurassiennes en octobre 2008, ce n’était pas pour tirer par anticipation la couverture à lui, mais tout simplement parce que ses plus proches conseillers l’avaient alerté sur les dangers d’une démographie médicale catastrophique. Hollande, que Diable ! était encore dans les choux…
Un an et demi plus tard, c’est le docteur Elisabeth Hubert qui était chargée par Nicolas Sarkozy lui-même d’établir un état des lieux de la situation. Même si certaines de ses propositions sont passées à la trappe, l’onde de choc de son rapport aura été bénéfique.
D’ailleurs, la feuille de route des ARS à peine sorties du nid en avril 2010 comportait la création de 250 maisons de santé pluri-professionnelles dans les 10 priorités qui leur étaient assignées. Et Emmanuelle Wargon, la patronne des ARS, invitée du Café Nile le 25 janvier dernier, rappelait que 210 MSP, aidées (il est vrai chichement) par les ARS, avaient vu le jour.
Alors pourquoi cette bataille de chiffonniers ?
Si les MSP et l’aide à l’installation des jeunes médecins (non contraignante semble-t-il) figurent en bonne place (un peu comme si rien n’avait été fait) dans le programme du candidat de gauche, il reste que le sujet a pris une tournure bizarre.
La pensée dominante est que l’inégalité d’accès aux soins s’accroît et que, dans un raisonnement logico-déductif primaire, le refus des médecins généralistes de reprendre le flambeau de leurs aînés en serait la cause. La pauvreté s’accroît, c’est sûr, mais de là à affirmer que c’est en raison de l’accroissement de la seule distance géographique d’accès à un cabinet médical, c’est y aller un peu fort. De l’imposture même.
Le problème est que certains élus, de gauche comme de droite, ont été convertis au raisonnement mono-factoriel, et la cible est bien commode. Les deux dernières tentatives sont parlantes : la proposition de loi Vigier (Nouveau Centre) se passe de commentaires. Quant à la proposition de la FHF (président UMP) dont nous faisions état dans notre Lettre de Galilée n°198 proposant que l’hôpital public se substitue à la médecine de ville, son annonce a provoqué une réaction d’une grande dureté du Conseil National de l’Ordre des Médecins… même si le syndicat MG France n’y serait pas opposé et y trouverait peut-être son compte.
Un peu primate la guéguerre sur les soins primaires, vous ne trouvez pas ?
Rémy Fromentin









