En bref :

ÉTÉ MEURTRIER

L’été nous réserve quelques surprises.
Notons pour commencer un article paru dans le
Quotidien du Médecin du 9 juin 2011 à propos d’une étude réalisée par l’IRDES qui relativise la pénurie de professionnels (tout en soulignant il est vrai la difficulté grandissante de certaines régions). Un autre commentaire paru dans Les Echos du 21 juin sous la plume de Joël Cossardeau à partir cette fois d’une étude de la DREES, va plus loin en indiquant qu’en termes d’accès aux soins « les inégalités régionales se réduisent ».
Paradoxalement, on peut s’interroger sur le nombre de projets annoncé par l’ARS de Rhône-Alpes (le Quotidien du 30 mai) probablement démesuré par rapport aux besoins (sauf à ce que l’attitude de l’ARS réponde à un impératif politique d’affichage de bonnes intentions). Idem sur la sollicitude de la
mutualité agricole portée depuis longtemps à bichonner la France profonde dans le but de préserver son pré carré et d’éviter d’être avalée par l’ogre du régime général.

La question des soins primaires serait-elle donc à relativiser ?

Profitons de la torpeur estivale pour réfléchir au véritable sens de quelques idées toutes faites. Car sur la question des soins primaires, plusieurs sujets se télescopent et brouillent le raisonnement.

1 – la géographie d’abord. En termes de distance d’accès aux soins, la France est plutôt bien placée. Il y a peu de pays qui peuvent se prévaloir d’avoir 95% de leur population à moins d’un ¼ d’heure d’un médecin. Même remarque d’ailleurs sur les urgences vitales qui se font en France en moins de 20 minutes (règle imposée par les ARH dans les années 2000).

2 – en termes de qualité des soins primaires, là c’est autre chose. Le problème se situe dans l’articulation entre le primaire et le secondaire, dans la coordination, le partage d’informations et de pratiques etc. en particulier sur les maladies chroniques.

3 – à propos des inégalités. Attention à ce qu’on dit. Ça fait belle lurette que les inégalités sociales expliquent les différentiels d’espérance de vie. Les inégalités territoriales ne font que traduire les inégalités sociales. Car ce n’est pas un hasard si les pauvres et les riches ne sont pas répartis de la même façon dans l’espace. Comme disait Henri Picheral, le père de la géographie de la santé, la géographie c’est la société qui s’écrit sur le sol. Le raisonnement consistant à expliquer l’inégalité par la distance est parfois absurde car la distance, en particulier dans les zones urbaines et périurbaines, est sont souvent la conséquence de l’inégalité et non la cause.

4 – la crise de la médecine généraliste. On en parle depuis longtemps mais aucune étude sérieuse n’a été faite sur le sujet. La baisse du nombre des médecins ne semble pas avoir eu de conséquence sur le niveau de recours aux soins. C’est ce qu’affirme la CNAMTS à partir de la consommation des C et V de 3 ans d’historique de 50 millions de Français. L’étude de la DREES est plutôt rassurante car malgré la féminisation de la profession, l’attirance pour la médecine générale semble renaître (mais bien sûr pas dans les conditions des années 50). Sur ce sujet là, on voit mal d’autres alternatives que la médecine libérale car dans tous les pays où la médecine de premier recours est assurée par des dispensaires ou des centres de santé, il y a une aspiration des patients à rechercher d’autres modèles.

5 – à propos des territoires, convient-il de vérifier la vertu fixatrice de l’installation des médecins en termes d’aménagement du territoire. Rien n’a jamais été démontré sur le sujet.
Nous ne connaissons pas d’études économiques qui prouvent que l’installation d’un médecin induit de l’activité économique en dehors de l’activité médicale directe : auxiliaires, ambulanciers, officine. Là encore on inverse la cause et l’effet. Et le combat des élus relève davantage de la symbolique que de la croyance dans les vertus économiques de l’activité de soins.
À moins que l’intention soit plus retorse. Car La réflexion sur la désertification médicale a l’avantage, pour le pouvoir en place, de stigmatiser la médecine libérale et de se dédouaner. (sans pousser le bouchon trop loin car on connaît les conséquences électorales. D’où la proposition de loi Fourcade pour apaiser les esprits).
Car il n’y a pas désertification médicale mais désertification tout court. Et l’étude d’Emmanuel Vigneron  en mélangeant le facteur géographique et le facteur purement social, permet de déporter le débat sur le creusement des inégalités et donc de démontrer l’imputabilité de la politique actuelle à moins d’un an des présidentielles.


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